Vous vous souvenez du sketch des Inconnus sur le "bon" et le "mauvais" chasseur? Dans cette rubrique, on ne traque pas la galinette cendrée mais la boucle qui tue. Dans l'art de réinventer un sample, certains sont plus doués que d'autres dont nous tairons les noms.
Ecoutez donc l'intro de cette psychédélique ballade brésilienne, enregistrée à la fin des années 60:
O Terço - Adormeceu
Passé à la moulinette par Madlib (oui, je commence déjà à radoter), voilà le résultat:
Madvillain - Supervillain Theme
Fatalement, un instru de ce calibre ne peut demeurer longtemps intacte:
Dans son ouvrage de référence Sweet Soul Music, Peter Guralnick nous emmène dans le sud des Etats-Unis. On y croise les bâtisseurs du genre: James Brown, Solomon Burke, Aretha Franklin, Sam Cooke, le label Stax... Hi-Records a également droit au chapitre.
Son créateur Willie Mitchell s'est éteint en janvier dernier à Memphis, ville sur laquelle il avait posé son sceau, ou plutôt son "son" reconnaissable entre mille. Orgue, cuivres, violons, rythmique aussi métronomique qu'imparable, le producteur privilégiait la profondeur à l'effet de manche, la sobriété au clinquant sans lendemain. Al Green, Ann Peebles, Syl Johnson en récolteront les fruits.
Sans toutefois connaître un tel succès, le chanteur George Jackson n'est pas non plus reparti les mains vides. George Jackson - Aretha, Sing one for me
Presque trente ans plus tard, Ghostface Killah recycle la boucle sur "Supreme Clientele", l'un des meilleurs albums solo du Wu-Tang.
Ghostface Killah - Child's Play
En 2008, Cat Power s'en empare à son tour sur Jukebox, album où la chanteuse reprend également des classiques de Billie Holiday, Hank Williams, Bob Dylan ou Joni Mitchell. Le tout enregistré à Memphis.
Jay-Z a sorti son premier album en 1996 sur son propre label, pour finir boss de Def Jam une dizaine d'années plus tard. Jay-Z n'arrête pas de dire "cet album est mon dernier", mais le dernier en question fait un petit et l'histoire se répète. Pour moi ça sera le premier, point barre.
Jay-Z feat. The Notorious B.I.G. - Brooklyn's Finest
Les Ohio Players ont eux sorti un paquet de disques dans les années 70, avec des pochettes bien moites qui réservent souvent des surprises lorsqu'on les déplie. Leur musique est moite également, et la sueur ne résulte pas de la consommation d'une drogue. Encore que.
Je crois que c'est d'abord la pochette. A l'époque, Crammed s'était payé un encart publicitaire dans l'Affiche, premier mensuel musical pour lequel j'ai témoigné de la fidélité. En soit, ce visuel ne voulait rien dire, ce qui rendait la question posée "It's not what you think it is !?!!" d'autant plus intrigante, tout comme cette ponctuation étrange. Tek 9, c'était Dego, soit la moitié de 4Hero en solo. Entre acid-jazz et hip-hop, la plupart du temps instrumental, l'album sonnait comme un hommage déguisé à la musique noire des années 70. Le disque bonus, intitulé "Breakin' Sound Barriers: the oldies but goodies 91-95", regroupait quant à lui inédits et remix, tendance drum'n'bass pour la plupart. Et puis ce titre hip-hop pour conclure, où l'on reconnait au premier abord les voix de Redman et surtout Dr Dre pour une saillie qui fleure bon le pacifisme: "Seems I got sweated by some nigga with a Tek 9" . Le fameux Tek 9 étant une arme à feu.
Tek 9 - Theme & F.U. (Points Proven remix)
On aura reconnu aussi un autre sample, également utilisé par d'autres rappeurs hardcore, ce coup-ci bien de chez nous puisqu'il s'agit de NTM. La production est signée Roy Ayers: Ethel Beatty - It's Your Love
On ne s'arrête pas là, puisqu'un jazzman se trouve mêlé à l'embrouille. C'est souvent le cas lorsqu'il s'agit de bon hip-hop...
A y regarder de plus près, on laisse vraiment passer des énormités.
Outre le fait d'avoir décliné le bac littéraire au profit d'une orientation plus paresseuse, l'un des reproches les plus récurrents dont m'ait gratifié ma mère -un de ceux qui résistent à l'épreuve du temps- est probablement ma "consommation" de disques. Certes, j'aurais pu choisir de m'offrir une voiture. Mais qui a été l'horrible instigatrice de ces dépenses vinylistiques, sinon la personne qui me légua mes vingt premiers 33 tours, parmi lesquels Chico Buarque, Camille Saint-Saëns, les Pink Floyd ou la BO de Hair?
C'est justement cette dernière qui m'amène ici. Signée Galt McDermot, très apprécié des producteurs de hip-hop US (Oh No, frangin de Madlib, a enregistré un album uniquement basé sur des samples du compositeur), la comédie musicale regorge de tubes: Aquarius, Where Do I Go?, Walking In Space, I Got Life, Easy To Be Hard... lesquels seront réappropriés peu de temps après par Quincy Jones, Nina Simone, The 5th Dimension ou encore les Three Dog Night.
Three Dog Night - Easy To Be Hard
Tout ceci n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Ici, le parisien Kid Loco (ex-Kid Bravo) qui ouvre magnifiquement son premier album, A Grand Love Theme, en samplant ces derniers.
Sans nécessairement être dans l'humeur pour enchaîner les trois disques, force est d'admettre qu'il y a toujours des perles à dénicher dans les coffrets Trojan. Dans ce box set Rare Groove, des instrumentaux de haut vol dont cette arme nucléaire concoctée à l'artisanale.
Ansel Collins - Nuclear Weapon
Une trentaine d'années plus tard, Geoff Barrow et Tim Saul -producteurs respectifs de Portishead et Earthling- planchent sur le premier album d'une new-yorkaise quasi-inconnue. On y trouve notamment...
Nettement moins subtil que la semaine dernière mais à coup sûr efficace sur les deux faces.
D'un côté, la divine Freda Payne qui fracasse cette boucle un brin psychédélique, sous les bons auspices de la dream team Holland-Dozier-Holland. Nous sommes alors en 1971.
Freda Payne - Unhooked Generation
Le temps passe vite, nous voilà en 1988. A peu de choses près, une année bien claquée pour la soul. Qu'importe, en soit l'époque n'est plus aux belles robes (en soie) mais aux gold chains. Arrive JVC Force. Normalement on l'écrit avec un point entre chaque lettre pour ne pas froisser les japonais, mais bon, nous sommes entre nous. Deux mcs que l'histoire a oublié, accompagnés du DJ Curt Cazal qui a su mieux tirer son épingle du jeu. Bref, inutile de tartiner trois plombes sur JVC Force: deux albums honorables mais surtout un son qui démonte, à tel point qu'il eût l'honneur de me servir de messagerie, fût un temps. JVC Force - Strong Island
Le violoniste Michael White enregistre l'album "Pneuma" en 1972 sur le label Impulse. Au premier abord, on retient surtout "The Blessing Song", sublime tranche de spiritual jazz. Il y a aussi cette ritournelle entêtante:
Michael White - Journey of the Black Star
En 2000, le label mancunien Grand Central sort sa compilation "Central Heating 2". Rae & Christian, Aim, Riton, Mr Scruff... gros coup de coeur pour tous ces bidouilleurs. Qui, déjà, me font écouter Michael White à mon insu.